SUD - Neon di Hervé Yamguen con i commenti di Giulia Paoletti e il poema di Hervé

Inserito da iopensa il Sab, 2007-12-15 12:16
SUD - Neon di Hervé Yamguen con i commenti di Giulia Paoletti e il poema di Hervé

Hervé Yamguen ha posizionato una serie di neon nel quartiere New Bell.

Il quartiere è sempre pieno di vita – mi racconta Giulia Paoletti – L’opening era alle otto di sera con un buio pesto, tax e ben skin che sfrecciano, e due edifici in costruzione illuminati dai neon. Herve dice che vuole partecipare al sogno delle persone che stanno costruendo la loro nuova casa. “io sono nato in questo quartiere e voglio stare qui a parlare con la gente; voglio sentire cosa provano”. I neon fosforescenti addobbavano case mezze in costruzione mezze abbandonate.

Il progetto per l’anno prossimo è rendere permanente il programma di residenza di New Bell (già avviato dal Cercle Kapsiki). “Invitare artisti da ovunque per lavorare insieme e condividere” – spiega Hervé che non ha rinunciato all’idea.

Di seguito il testo-poema di Hervé Yamguen su New Bell, il suo quartiere di Douala, pubblicato sul libro-catalogo Douala in Translation.

EN TRAVERSANT LA VILLE

Dans mon cerveau, ma ville est une carte tracée au plus profond des gestes qui me font l’arpenter. Quand au petit matin, je sors de chez moi, de ma chambre, de ma maison, de mon quartier pour prendre une direction quelconque, j’ai déjà fait le tour de la ville avec mon cerveau et localisé le lieu où je veux me rendre. Je peux donner une direction, choisir mon moyen de transport. Les taxis jaunes, les bus, les motos-taxis. Il faut choisir.

Ce matin, j’irai à Bonanjo.
De mon quartier, New-Bell à Bonanjo, beaucoup de choses se passent. Des choses d’une ville qui grandit de plus en plus avec ses habitants-témoins de ce que le monde devient.

En partant de New-Bell à Bonanjo, on se rend bien compte que ma ville est connectée au monde et qu’on ne peut plus seulement l’enfermer dans de vieux modèles et schémas de pensées. On voit bien aussi que, de New-Bell à Bonanjo, la peur de la modernité agite les esprits. De New-Bell, il y a des personnes qui ont peur de sortir des petites ruelles boueuses, des chambres en bois récupérés pour se rendre à Bonanjo dans un gigantesque immeuble d’une banque ou pour faire une course.
Il y a deux mondes qui se tiennent face à face. New-Bell et Bonanjo.
Deux mondes qui ne sauront peut-être jamais dialoguer, tant l‘écart
est grand entre eux.

L’un fourmille dans les réalités bruyantes des maisons entassées dans des nappes d’eaux et de moustiques, tandis que l’autre brille dans la verdure de ces jardins publics pas toujours soigneusement entretenus.

Ce matin, je prendrai la direction de Bonanjo et j’aurai cette sensation de déplacement vers un monde où je ne me sens pas toujours à l’aise.

Il est des jours où il m’arrive de traverser la ville vers l’un des quartiers où les populations se sont installées anarchiquement ces dix asnnées passées. “Village”, dans le prolongement de Bonanloka offre un spectacle de bars, de grands camions transportant des billes de bois. C’est ce côté que l’on aperçoit des hublots, quand un avion descend se poser à l’Aéroport de Douala. Habitations cernées de marécages. On dirait de petits cailloux blancs dispersés dans une eau boueuse. La population dense afflue du Centre ville, au soir pour élire domicile dans des maisons construites avec divers matériaux pauvres.

Par les temps qu’il fait, l’Axe Lourd fend “Village” en son ventre pour mener les voyageurs vers Edéa, vers Yaoundé la Capitale Politique. L’Axe Lourd a son lot d’accidentés. On ne s’en souvient pas toujours quand on traverse la ville pour se rendre à la zone industrielle.

Quand j‘étais collégien à St. MICHEL, je humais les premières odeurs de matières premières transformées dans les usines, pendant les cours de Maths ou d’Anglais. Le collège que j’ai fréquenté à mes dix-sept ans est situé dans la zone industrielle.

De mon collège, des odeurs fortes de cacao et de chocolat, de malt et de houblon nous submergeaient quand nous faisions du sport dans l’un des grands terrains de Foot ou de Rugby. Avec nos études, nous avons toujours eu en nous une zone industrielle car, pendant l’année scolaire, nos professeurs nous martelaient qu’on étudiait pour servir, qu’il fallait achever son cursus scolaire pour travailler dans une entreprise de la ville. Avec les odeurs de cacao et de malt, nous avions notre zone industrielle dans nos cœurs et nous regardions la ville, le soir au sortir des cours en nous disant que nous serions de meilleurs travailleurs au service du pays. Sommes-nous devenus ces valeureux travailleurs?

Ce qui me rend parfois heureux, c’est de me balader à pieds au coucher du soleil dans les rues de Deïdo. Le vent et l’atmosphère qui viennent du fleuve Wouri changent le temps en une situation qu’on ne peut avoir ailleurs. On a en profondeur la vision d’un paysage dominé par le fleuve. Le fleuve des rituels du Ngondo, le fleuve traversé par le Pont du Wouri, le fleuve et l’histoire du pays, le fleuve et le nom du pays, le fleuve et les torses nus des pagayeurs, le fleuve et le sable, le fleuve et les mangroves, le fleuve et les villages Jébalè et Bonendalè, le fleuve et du poisson.

Après le coucher du soleil, la robe enfumée de Deïdo se donne à voir et à toucher. Elle a une odeur de poissons et de grillades finement enrobés d‘épices. Ici, le ciel peut vous tomber sur la tête quand vous dégustez du poisson braisé et buvez de la bière entre de vieilles bâtisses de la période coloniale allemande. Le temps passe jusqu‘à des heures tardives et interminables quand des filles de joie montrent leurs fesses au milieu de la rue en agitant des bouteilles de bières.

On est bien loin des ambiances nocturnes de Bonamoussadi. Un Bonamoussadi pas comme Bonanjo ni New Bell. Un Bonamoussadi où une population différente de celle de “Village” s’est installée. Un Bonamoussadi pas industriel, pas d’odeurs de houblons. Un Bonamoussadi qui dort tranquillement en creusant un autre côté de la ville avec un autre quotidien.

Vivre à Bonamoussadi est certainement une histoire de gros sous. Combien de gens de ma génération peuvent vivre là-bas au vu de l‘économie du pays et de cette ville?

Le temps passe jusqu‘à des heures tardives. Je continue de marcher, de parcourir, de traverser, d’aller d’un point à un autre, de porter mon corps dans la carte de la ville. Mon cerveau embrasse ma ville en quelques minutes et fait apparaître des traits qu’il faut tracer avec le temps, le temps de toute une vie à regarder et à dialoguer avec les objets de la ville, dialoguer avec les gens dans la nuit pour donner sens à un lieu commun qui est l’endroit que l’on habite.

Hervé YAMGUEN